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10/10/2009

Aimer la corrida disions-nous

 Aimer la corrida disions-nous il y a peu, en parlant de Jean-Louis Murat et de Jean Cocteau. Depuis, nous avons trouvé ce texte, publié par Serge Kaganski, patron des pages cinéma des Inrocks et rédacteur d'un blog que le site des Inrocks abrite. Il n'est pas franchement aficionado mais... N'en disons pas plus, lisez le texte reproduit ci-dessous. 

"Alors, oui, j’aime bien la corrida. Je ne suis pas un fan, pas un afficionado, pas un spécialiste, je ne lis pas la rubrique de Jacky Durand dans Libé, et je n’en ai vu que 2 ou 3 dans ma vie, profitant de l’occasion de voyages en Espagne et au Portugal. D’ailleurs, au Portugal, les toreros sont à cheval et on ne met pas à mort le taureau. Tout ça pour dire que je ne suis pas un militant de la corrida, que je peux très bien vivre sans, mais que j’ai du mal à saisir la virulence des anti-corrida. La corrida est un spectacle fort, avec ses rites et ses codes, ses motifs ancestraux : affrontement de l’homme et de la bête, échos de mythologie grecque, théâtralisation de thèmes archaïques. Il faut avoir été dans une arène ibérique pour ressentir la puissance de la corrida, son importance dans la culture locale qui dépasse de loin le cercle restreint des arènes. J’entends bien la principale critique : on fait souffrir des bêtes jusqu’à la mort. Si je prend plaisir à la chorégraphie de la corrida, aux vibrations qui ondoient dans le public, je ne prend pas de plaisir particulier devant le sang du taureau. Mais dans la mesure où je mange de la viande et du poisson, dans la mesure où l’abattage industriel de millions de bestiaux et de poissons afin de garnir mon assiette et celle de millions de personnes ne me gêne pas, je ne suis pas particulièrement gêné ou choqué par la mort supplémentaire des quelques centaines de bovins destinés aux arènes. Je pense qu’il existe mille causes plus importantes et urgentes que le sauvetage de quelques taureaux ou l’interdiction de la corrida. Dernier point, des gens comme Heminghway, Welles, Boetticher, Picasso étaient fans de corrida et je ne parviens pas à les imaginer comme des “abrutis” assoiffés de sang ou des “salauds” indifférents à la vie."

Ce type-là, déjà qu'on l'aime bien pour un tas de bonnes raisons et notamment dès qu'il écrit sur tout ce qui touche à l'Amérique (de sa passion pour Springsteen au cinéma US qu'il défend, cet homme a rédigé des lignes salutaires dans la France anti-américaniste primaire d'avant Obama), on a envie de lui dire qu'une seule chose. Merci qui ? Merci Kaganski !

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