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16/02/2011

Le duende

Dans son édition datée du dimanche 12 / lundi 13 février, le quotidien "Le Monde", dans le cadre de sa rubrique hebdomadaire "Au concert avec", donnait la parole au comédien François Marthouret qui expliquait pourquoi il s'apprêtait à aller écouter la chanteuse flamenca Carmen Linares à la salle Pleyel à Paris. L'occasion pour cet immense acteur (et réalisateur) d'évoquer avec sensibilité le duende, cette insoupçonnable légèreté et grâce que peut connaître l'acteur et l'interprète, qu'il joue, chante ou torée. Rien d'étonnant de la part de cet aficionado fin et averti, que l'on croise régulièrement dans les arènes. Caubère, Podalydès, mais aussi Arditi, Clavier, Chéreau ou Jugnot et tant d'autres, et Marthouret donc, autant d'artistes qui ont commencé par la scène, viennent du théâtre, des planches, de la confrontation avec le public. Pas étonnant qu'ils se retrouvent dans la tauromachie dont ils parlent tous, aussi différents soient-ils, avec tact, humanité et sentiment.

Dans le même ordre d'idée, c'est en lisant... "L'Equipe", la semaine dernière, que nous avons pu aussi découvrira une parole intelligente et curieuse sur la tauromachie. Il s'agissait de celle du footballeur et milieu de terrain brésilien des Girondins de Bordeaux Fernando, qui avouait sa passion pour la chose taurine, révélée depuis qu'il est en France et à l'occasion d'une feria de Mont-de-Marsan. Et d'évoquer également son amitié avec le torero du sud-ouest Julien Lescarret. On a bien aimé, avec Fernando comme avec Marthouret.

23/01/2011

74

74, comme le nombre de corridas qui ont été organisées en 2010 dans les arènes françaises. Une information publiée ici et là dans diverses publications, mais finalement pas plus commentée que cela, sinon par notre confrère Marc Lavie dans la livraison du 25 octobre dernier de son précieux hebdomadaire "Semana Grande". Il soulignait alors avec pertinence que 74 corridas c'était cinq de plus que le nombre enregistré en 2009, ce qui reste plutôt positif en période de crise, ajoutant ironiquement "mais ça fait plus d'un siècle qu'en matière taurine on parle de crise !"

Une réflexion qui m'est revenue aujourd'hui à la mémoire  après avoir rédigé un papier dans les colonnes de Midi Libre sur l'année record du cinéma en France, avec environ 210 millions de tickets vendus (près de trois millions pour la seule ville de Montpellier !), chiffre pas observé depuis des décennies. Et là aussi, pourtant, combien de fois la mort du cinéma fut-elle annoncée ? La télé, les bouquets numériques, le téléchargement et tant d'autres fléaux devaient l'occire, c'était écrit non ? Et bien non justement, même ceux qui consomment "du film" en haute définition sans modération devant leur écran plat géant à la maison continuent à vouloir avoir envie de vivre l'expérience unique de l'émotion partagée dans une salle obscure. Il en va de même avec la tauromachie, et cela s'avère peut-être d'autant plus fort que le public intervient directement dans le déroulement du spectacle en décidant peu ou prou de l'attribution ou non de récompenses. Et ça, aucune courbe statistique ni prévisionnel d'étude de marché ne parviendront vraiment jamais  à le programmer. 

17:20 Publié dans humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lavie

16/04/2010

Quien es ?

Petite histoire vraie, vécue (entendue surtout) récemment, avant-hier exactement, à l'occasion d'une visite de la maison-musée de Salvador Dali à  Cadaquès. Viste sous contrôle précautionneux, par mini-groupes, pour ne pas déranger. Le nôtre, se retrouve dans un étroit vestibule, recouvert de photos de Dali, de Gala, de Dali et Gala, en compagnie de ceux que l'on appelle communément les grands de ce monde. En l'état, une sorte de raccourci d'une improbable histoire du 20e siècle où un pape est punaisé à côté de telle star hollywoodienne (Gregory Peck, Ingrid Bergman), puis ici Franco, là la Callas, etc.

Et puis l'on avise deux couples de sexagénaires, des Espagnols, qui, en castillan, s'interogent devant une photo. Trois personnes y figurent, visiblement. Dali, bien sûr, et Luis Miguel Dominguin d'après ce qu'affirment nos compagnons de visite, quant au troisième, non, vraiment, ils ne voient pas. Curieux, nous nous approchons et reconnaissons illico celui à propos duquel fusent les "quien es ?" depuis deux bonnes minutes. Car il s'agit de... Pablo Picasso, rien de moins ! Ils avaient reconnu Dominguin, ils cherchaient à mettre un nom sur le visage de Pablo Picasso ! A l'heure où l'on lit, ici et là, divers articulets où certains qui n'ont jamais dû franchir les Pyrénées cherchent à savoir si la tauromachie a un avenir en Espagne, voire sur l'universalité de son passé entre Galice et Andalousie, voilà qui amuse, réconforte, instruit. Au choix, ou les trois à la fois. Mais, aussi anecdotique que cela reste, voilà qui méritait d'être rapporté.

10/10/2009

Aimer la corrida disions-nous

 Aimer la corrida disions-nous il y a peu, en parlant de Jean-Louis Murat et de Jean Cocteau. Depuis, nous avons trouvé ce texte, publié par Serge Kaganski, patron des pages cinéma des Inrocks et rédacteur d'un blog que le site des Inrocks abrite. Il n'est pas franchement aficionado mais... N'en disons pas plus, lisez le texte reproduit ci-dessous. 

"Alors, oui, j’aime bien la corrida. Je ne suis pas un fan, pas un afficionado, pas un spécialiste, je ne lis pas la rubrique de Jacky Durand dans Libé, et je n’en ai vu que 2 ou 3 dans ma vie, profitant de l’occasion de voyages en Espagne et au Portugal. D’ailleurs, au Portugal, les toreros sont à cheval et on ne met pas à mort le taureau. Tout ça pour dire que je ne suis pas un militant de la corrida, que je peux très bien vivre sans, mais que j’ai du mal à saisir la virulence des anti-corrida. La corrida est un spectacle fort, avec ses rites et ses codes, ses motifs ancestraux : affrontement de l’homme et de la bête, échos de mythologie grecque, théâtralisation de thèmes archaïques. Il faut avoir été dans une arène ibérique pour ressentir la puissance de la corrida, son importance dans la culture locale qui dépasse de loin le cercle restreint des arènes. J’entends bien la principale critique : on fait souffrir des bêtes jusqu’à la mort. Si je prend plaisir à la chorégraphie de la corrida, aux vibrations qui ondoient dans le public, je ne prend pas de plaisir particulier devant le sang du taureau. Mais dans la mesure où je mange de la viande et du poisson, dans la mesure où l’abattage industriel de millions de bestiaux et de poissons afin de garnir mon assiette et celle de millions de personnes ne me gêne pas, je ne suis pas particulièrement gêné ou choqué par la mort supplémentaire des quelques centaines de bovins destinés aux arènes. Je pense qu’il existe mille causes plus importantes et urgentes que le sauvetage de quelques taureaux ou l’interdiction de la corrida. Dernier point, des gens comme Heminghway, Welles, Boetticher, Picasso étaient fans de corrida et je ne parviens pas à les imaginer comme des “abrutis” assoiffés de sang ou des “salauds” indifférents à la vie."

Ce type-là, déjà qu'on l'aime bien pour un tas de bonnes raisons et notamment dès qu'il écrit sur tout ce qui touche à l'Amérique (de sa passion pour Springsteen au cinéma US qu'il défend, cet homme a rédigé des lignes salutaires dans la France anti-américaniste primaire d'avant Obama), on a envie de lui dire qu'une seule chose. Merci qui ? Merci Kaganski !

Castella arrêté, Castella au sommet

Arrêté une dizaine de jours suite à un blessure au genou contractée au campo alors qu'il s'entraînait, Sébastien Castella ne pourra pas honorer le contrat qui lui était promis à Saragosse demain. Il ratera donc un rendez-vous dans une arène de première catégorie, là précisément où il a construit sa marche triomphale 2009. Nul n'a plus que lui triomphé cette année dans ces arènes de première catégorie, en France comme en Espagne, dont deux sorties a hombros à Madrid, lors de la San Isidro et de la feria d'automne, en coupant à chaque fois deux oreilles à un même toro.

Quelques minutes après son succès de la feria d'automne, nous pronostiquions son sacre de fin de saison comme numéro 1 de l'année. Un pronostic doublé d'une conviction en ce qui nous concerne. Mais nous ne sommes pas les seuls à Toros blog à partager ce sentiment. Dans l'édito hebdomadaire de son indispensable Semana Grande, Marc Lavie se situe sur les mêmes positions, en développant une argumentation assez imparable. Le Biterrois avait déjà été le numéro 1 en 2006, il réssit cette année le plus dur : confirmer. Dès 2010, il s'attaquer à un autre challenge, insurpassable : devenir un torero d'époque. De notre point de vue, on s'y prépare dès cet hiver, en rappelant son parcours et comment nous avons pu le juger à travers les époques, avec honnêteté car je n'ai pas toujours été que louanges pour le Français.

A bientôt.

02/10/2009

J'ai vu Tomas, j'ai rien vu

J'ai vu Tomas à Barcelone, je n'ai rien vu. Comprendre : j'ai vu des images du triomphe de José Tomas sur un site taurin espagnol et comme d'habitude, ou presque, j'ai vu des séquences montées à la hâche, des passes, encore des passes, mais sans l'avant, ni l'après, ni le contexte, ni une seule image des deux premiers tiers, donc sans aucune idée de ce que le toro offrait comme possibilités, de ce qu'il permettait ou pas, du danger qu'il représentait, non, rien, rien de rien.

Je suis comme vous : le lendemain d'un triomphe de Tomas (ou de Castella, ou du Juli, etc.) je cherche des images, je veux voir moi aussi, mettre des images sur les récits lus si je n'étais pas aux arènes ce jour-là. Et puis rien ou si peu, un rien de frustation, une idée faussée de ce qui a dû être un événement et dont il ne reste que pâle aperçu à l'arrivée. Un digest sans saveur, une oeuvre maîtresse de Hugo ou de Balzac dont on aurait supprimé toutes les pages relatives à des descriptions. Par exemple.

Ce qui autorise une ou deux réflexions. On peut ainsi considérer que si une faena impacte fort sur une de ces vidéos c'est qu'elle constitue un sommet d'une force rare. Un exemple : la grande faena de Castella à Bayonne. Oui, même sur une de ces vidéos, elle "passe", elle transmet.  Deuxième réflexion : il s'agit quasiment là d'une démonstration par l'exemple que la volonté de Tomas de ne pas voir ses prestations être filmées puis diffusées à la télévision devient à chaque corrida un peu plus absurde. Car des images de lui, on en a par ce canal des sites taurins qui les tronçonnent pour n'en garder que ce qu'ils croient être  les meilleurs moments. Quand on sait la qualité de certaines retransmissions télévisées (même si elles n'atteindront jamais l'intensité du vécu "live") on ne peut que regretter ce choix, ou plutôt cette impasse dans laquelle s'enferme Tomas. Il ne veut pas qu'on le voie autrement qu'in situ ? Et bien on le voit pourtant. Mal. Même le jour où il est génial. Un comble, une aberration.

21/09/2009

Et c'est pourquoi les stars sont stars...

Pourquoi les stars sont stars ? Parce que que Ponce, El Juli ou Castella à la dernière feria des Vendanges de Nîmes a-t-on envie de répondre sans plus de commentaires. Parce que chacun a répondu présent, parce que chacun a défendu son statut de vedette et, partant, d'acteur parmi les plus attendus du cycle.

Chacun a offert, dans son style, avec son répertoire, des moments d'anthologie, des faenas majuscules, des séquences dont il importe peu qu'elles soient ou pas couronnées par des oreilles. A cause de défaillances avec l'épée, les oeuvres maîtresses de Ponce ont ainsi été bien chichement primées. Mais franchement on sen fiche, et nul n'oubliera ces instants dont on parlera dans quinze ans en évoquant "tu sais ce ce samedi matin où Ponce..." Personne n'ôtera non plus de sa mémoire, les deux sidérantes démonstrations de pouvoir et d'autorité d'un El Juli magistral, ni l'ahurissant courage d'un Sébastien Castella au sommet, ravi, nous confiait-il dimanche d'avoir "réussi ce qu'il y a de plus dur en tauromachie : toréer avec son corps."

Oui, c'est bien de cela dont il s'agissait, et d'autres choses rares encore. Donc si on met un peu à part le triomphe de clôture de Daniel Luque, la surpise devant un spectacle inédit (ce qui n'est certes pas commun) ayant joué un grand rôle dans le délire qui a embrasé soudainement les arènes dimanche soir, on en revient à trois noms : Ponce, Juli, Castella, triomphateurs absolus qui semblent éternellement arriver à l'heure aux rendez-vous qu'ils fixent à leur public. Cette ponctualité aussi explique pourquoi les stars sont stars. Ces trois-là en tout cas.